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Lo Hialat
 

Ua revista entaus occitans
A magazine for the Occitans
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[Lo Hialat]

No. 2
Setémer de 1998

Actualitats

Lo rapport Poignant

Demandat peu purmè ministre francés a Nicole Péry, puish hidat au màger de Kemper, En Poignant, ací lo repòrt Poignant.

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III - LA SITUATION ACTUELLE DANS L ’ ENSEIGNEMENT

 

A ) Rappel des textes

 

Un examen des textes en vigueur permet de mesurer le chemin parcouru et d’apprécier ce qui existe déjà, ce qu’il est possible de faire, ce qu’il est utile de poursuivre.

C’est donc après la deuxième guerre mondiale que la situation de l’enseignement des langues régionales ou de leur utilisation dans l’enseignement paraît mériter un traitement spécifique puisque pour la première fois, une loi d’origine parlementaire énonce quelques principes fondateurs.

La loi du 11 janvier 1951 (Loi Deixonne), prolongée par différents textes réglementaires fait passer l’enseignement des langues régionales de la tolérance à une première forme de reconnaissance.

L’importance sémantique des titres donnés à ces textes mérite d’être relevée : la loi du 11 janvier 1951 a pour objet " l’enseignement des langues et dialectes locaux " d’ailleurs limités à quatre zones d’influence : breton, basque, catalan et langue occitane. Il n’est question ni de culture ni de patrimoine. Elle autorise les instituteurs à recourir aux parlers locaux chaque fois qu’ils pourront en tirer profit pour leur enseignement.

Un décret du 16 janvier 1974 étend au corse les dispositions de la loi et un autre du 12 mai 1981, inclut le tahitien. Un dernier du 20 octobre 1992 l’étend aux langues mélanésiennes, pour ce qui concerne l’ajië, le drehu, le nengone, le paicî.

Un décret du 16 janvier 1974 modifie celui de 1962 relatif au baccalauréat du second degré en introduisant une épreuve facultative de langues régionales. Ce même texte dispose toutefois qu’il s’agit des langues et dialectes locaux prévus antérieurement.

Rien alors n’est réellement prévu pour former les maîtres qui utilisent les langues régionales pour leur enseignement ou qui l’enseignent aux élèves des lycées désireux de passer l’épreuve facultative.

La loi Deixonne a déclaré facultatif l’enseignement et engage à créer des cours et stages facultatifs pour les élèves des écoles normales d’instituteurs. Mais pour les enseignants du second degré rien n’est prévu hormis leur propre volonté de se former à ces langues à l’occasion des études universitaires. Dans l’enseignement supérieur la possibilité d’ouverture d’instituts d’études régionales est prévue, comme est prévue la possibilité d’ouverture d’une épreuve facultative au baccalauréat.

Déjà est reconnue la diversité de développement des langues puisque les universités concernées n’ont pas toutes reçu la même mission.

Quand Alain Savary arrive à la tête du ministère de l’Education Nationale les constats sont aisés à faire :

 

  • L’administration centrale, ne connaît presque rien de l’enseignement des langues régionales. Elle n’y porte pas un véritable intérêt.
  • Dans les académies, les situations sont différentes de l’une à l’autre et parfois d’un département à l’autre. On sait par exemple que dans l’académie de Strasbourg, les influences d’un inspecteur général de l’instruction publique et des recteurs successifs ont permis que se développe un enseignement du dialecte alsacien alors même que les langues d’origine germanique parlées dans l’est de la France n’avaient pas été inscrites dans la loi Deixonne et les textes d’application.

Le mouvement s’est précipité avec la circulaire 82-261 du 21 juin 1982 après consultation par le ministère de l’Education Nationale de tous les partenaires qui ont désiré participer à la réflexion.

Ce texte a jeté les bases de l’action pédagogique dans les différents cycles de formation, mais il a surtout énuméré les trois principes qui fondent l’action de l’Etat dans l’enseignement des langues régionales.

 

    1. L’Etat s’engage dans l’organisation des enseignements de langues et cultures régionales (c’est la première fois que l’expression est utilisée dans un texte officiel).
    2. L’enseignement des langues et cultures régionales bénéfice d’un statut dans l’Education Nationale.
    3. L’enseignement est basé sur le volontariat des élèves et des enseignants, dans le respect de la cohérence du service public.

Au plan pédagogique, la circulaire d’Alain Savary définit, cycle après cycle, les modalités d’enseignement des langues et cultures régionales et les formations qui seront assurées aux enseignants des écoles, des collèges et lycées.

Par ailleurs, des moyens pédagogiques spécifiques sont envisagés pour doter les enseignants de matériels propices à l’exercice de leurs fonctions. A cet égard, on peut noter que cette circulaire appelle clairement à la collaboration entre les collectivités locales et les organismes ayant en charge la documentation pédagogique.

Ces dispositions ont trouvé, avec quelques difficultés il est vrai, leur application dans plusieurs régions.

Avec la circulaire n° 83-547 du 30 décembre 1983 les finalités de l’enseignement des langues régionales sont développées dans un cadre très large englobant toutes les disciplines de l’école et prenant en compte la dimension culturelle et affective de l’élève.

Ce texte pose le principe de l’enseignement bilingue (français - langue régionale) et autorise des expérimentations qui seront mises à profit pour développer de nouvelles modalités d’apprentissage des langues.

Cette circulaire intervient après la promulgation de la loi de décentralisation du 22 juillet 1983 qui confère aux collectivités locales de nouvelles compétences et notamment celles d’organiser des activités culturelles complémentaires des activités scolaires.

Un dispositif est engagé et se développe avec le souci de mettre en place les conditions d’un enseignement amélioré. La loi du 10 juillet 1989 dispose que la formation assurée dans les écoles, collèges, lycées et les établissements d’enseignement supérieur, " peut comprendre un enseignement, à tous les niveaux de langues et cultures régionales ". Dans cet esprit, le concours du CAPES est progressivement ouvert dans les diverses langues concernées permettant que se crée un potentiel d’enseignants permanents des collèges et des lycées.

Le dernier texte en date, la circulaire n° 95-086 du 7 avril 1995 sur l’enseignement des langues et cultures régionales, est fondé sur les mêmes principes : " réaffirmer l’engagement de l’Etat en faveur de cet enseignement ", le volontariat des familles et des élèves, le partenariat avec les collectivités locales et la mise en place de réseaux académiques.

En quinze ans, le paysage de la formation en cultures et langues régionales s’est organisé avec la mise en place de dispositions pédagogiques, le recrutement de personnels, l’organisation de documentations pédagogiques appropriées, la création de liens entre les collectivités territoriales et l’Etat pour favoriser cet enseignement.

 

B ) Les résultats de cette politique

 

L’enseignement des langues (ou dans ces langues) et cultures régionales est diffusé dans trois réseaux scolaires :

 

    • le réseau public (écoles, collèges, lycées et universités)
    • le réseau des établissements d’enseignement privé sous contrat d’association
    • le réseau des écoles, collèges et lycées privés organisés sous forme d’associations culturelles.

Les deux premiers réseaux (public et privé sous contrat) organisent l’enseignement selon des modalités pratiquement identiques. Le réseau des écoles associatives a mis au point des modalités particulières d’enseignement.

 

  • L’enseignement dans le réseau public ou dans le réseau des établissements sous contrat.

Chaque niveau d’enseignement est concerné :

L’école primaire regroupe les écoles maternelles et élémentaires. Dans la continuité des textes précédents, la circulaire de 1995 rappelle que peuvent être mises en oeuvre deux formes d’enseignement : une initiation aux langues et cultures régionales et un apprentissage fondé sur le bilinguisme. L’inspecteur d’académie doit s’assurer de la cohérence entre programmes nationaux et programmes en langues régionales. Le bilinguisme commence dès le cycle I et se poursuit à l’école élémentaire (autre cohérence à assurer). La langue régionale y est la langue enseignée et la langue d’enseignement dans plusieurs domaines. En toute hypothèse, ce système fonctionne selon une parité horaire et une répartition équilibrée dans la journée et dans la semaine.

 

  • A l’école maternelle : l’initiation a lieu à raison de 1 à 3 heure(s) par semaine au cours d’activités d’apprentissage de la vie sociale, d’éveil artistique, d’éducation physique. Ce sont en priorité des maîtres de l’école publique qui doivent intervenir, mais à deux conditions : ils doivent être volontaires et formés à cet enseignement. L’enseignement bilingue peut être organisé lorsque la demande des parents aura été reconnue et quand existent des maîtres volontaires et formés pour l’assurer.

 

  • A l’école élémentaire, l’horaire de français est intégralement maintenu et la langue régionale est la langue d’enseignement dans tout ou partie des autres disciplines. Pour parvenir à la création de divisions d’effectifs suffisants, on regroupe pour l’enseignement les enfants d’un même niveau voire ceux d’une même école. Un inspecteur de l’Education Nationale coordonnateur doit être désigné auprès de chaque inspecteur d’académie d’un département où figure l’enseignement de la langue régionale.

 

  • Au collège, plusieurs possibilités d’apprentissage sont ouvertes aux élèves volontaires :
    • une sensibilisation d’une heure hebdomadaire (facultative) de la 6ème à la 3ème,
    • une option langue et culture régionale (obligatoire ou facultative) de 3 heures hebdomadaires,
    • l’enseignement bi-langues (plutôt que bilingue), avec pour les élèves de ces sections, la possibilité de composer en langue régionale aux épreuves d’histoire géographie du brevet.

 

  • Au lycée : les langues régionales peuvent être choisies en option (facultative ou obligatoire) ; les élèves de 1ères et terminales générales peuvent choisir la langue régionale ou langue vivante 2 ou 3, ceux des sections technologiques peuvent la choisir en LV2, et enfin, ceux des baccalauréats professionnels ou de certains CAP ou BEP peuvent choisir de passer des épreuves facultatives de langue régionale.

 

 

 

Les textes existants ne sont cependant pas appliqués comme il le faudrait : les plans prévus par la circulaire de 1995 n’ont pas partout été préparés ; dans les régions concernées de nombreux établissements ne proposent aucune forme d’enseignement en langue régionale. L’objectif de " préservation d’un élément essentiel du patrimoine national " et de " transmission des langues et cultures régionales " est donc loin d’être assuré.

En 1996-1997, près de 100 000 élèves ont suivi un enseignement de langue régionale à l’école, toutes formes confondues, dans les établissements publics et privés sous contrat. En outre, 80 000 élèves apprennent l’allemand comme langue régionale dans les départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. Sur le total d’élèves apprenant une langue régionale, 5,3 % le font dans une classe bilingue.

 

Pour la même année scolaire, près de 155 000 élèves ont suivi un enseignement de langue régionale au collège et au lycée. 75 % de cet effectif concerne les deux départements de l’Alsace et la Moselle.

 

Tous niveaux d’enseignement réunis, le total des élèves concernés pour l’année 1996-1997 s’élève à 335 000. Le total des élèves scolarisés cette année-là était de 12 millions.

 

 

  • A l’université, les trois cycles de l’enseignement supérieur sont concernés. Des formations allant du 1er au 3ème cycle sont ouvertes dans les établissements ou certains d’entre eux installés dans les académies où sont parlées des langues régionales. Dans la liste des diplômes délivrés en 1995 par les universités en France métropolitaine, on relève dans les seuls intitulés comportant le nom d’une langue régionale 78 DEUG, 78 licences et 17 maîtrises. A cela, il faut ajouter les diplômes pour les langues mélanésiennes et polynésiennes (4 et 5 licences en 1995).

 

Les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres ont ouvert aux étudiants la possibilité de se former à l’enseignement des langues régionales : à Rennes pour le Breton, à Corte pour le Corse, à Montpellier et Toulouse pour l’occitan-langue d’oc, à Bordeaux pour le basque. Les langues régionales ont le statut de langue vivante dans les épreuves du concours de professeur des écoles.

 

Enfin, les centres régionaux et départementaux de documentation pédagogique s’attachent à la création d’outils pédagogiques ajustés aux niveaux de l’enseignement. A titre d’exemple, pour la Bretagne, le contrat de plan Etat-région a permis la création d’une maison d’édition (TES) dont l’objectif est d’élaborer et de diffuser des documents en langue bretonne avec différents supports (manuels scolaires, cassettes, CD Rom). Toujours dans cette région, c’est le CDDP du Finistère qui a édité un document intitulé " Pour un patrimoine culturel commun " consacré à l’histoire de la Bretagne et destiné aux maîtres du cycle 3 de l’école primaire.

 

 

  • L’enseignement dans les écoles associatives

 

L’enseignement assuré par les écoles associatives est original car fondé sur des méthodes dites " d’immersion totale " dans la langue régionale : les élèves, dès les classes maternelles, pratiquent uniquement la langue régionale, puis progressivement utilisent le français comme langue d’enseignement à côté de celle-ci et, dans certaines écoles (Diwan, Calandretas) donnent une formation en anglais. Les élèves sont donc non seulement bilingues mais parfois trilingues à l’issue de leurs études élémentaires.

La formation des maîtres des écoles associatives est assurée par un centre de formation pédagogique privé financé notamment par une subvention forfaitaire assurée par le ministère de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie en application d’une convention du 28 juillet 1997. Ce centre de formation pédagogique dénommé Institut supérieur des langues de la République Française dont le siège social est à Montpellier avait été prévu par un arrêté du 21 septembre 1992 modifié.

L’institut a pour mission de préparer au concours de professeurs des écoles les maîtres des écoles associatives ayant conclu avec l’Etat des contrats relevant de la loi du 31 décembre 1959 modifiée (loi Debré). Des centres de formation pédagogique existent dans chaque région et préparent les futurs maîtres à la fonction d’enseignant.

Ces associations ont des points communs : leur statut, leur pédagogie de l’immersion, leurs rapports avec l’Etat consignés dans des protocoles, leur formation des maîtres. Elles scolarisent aujourd’hui 5 000 élèves.

Il est remarquable de constater que les productions pédagogiques élaborées au niveau des départements ou des régions ont souvent été le fait d’associations d’enseignants des différents réseaux désireux de mettre à la disposition des élèves et de leurs collègues des documents attrayants, actualisés et très ouverts sur la vie régionale (histoire, culture, économie, vie associative etc..).

 

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[Lista deus numeròs]
© 1997, 1998 Justin Lapujolada