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Lo Hialat
 

Ua revista entaus occitans
A magazine for the Occitans
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[Lo Hialat]

No. 4
Octóber de 1998

Actualitats

Se parla de signar la Charte européenne...

Lo primièr ministre francés declarèt que França estudiava lo cossí de signar la famosa carta. Aquí çò que ne diguèt Libération.

Ensenhador

Ligams


Ecoles Diwan, la bosse du breton
Toutes les matières sont enseignées dans la langue de la région, de la maternelle au bac.

Par NICOLAS DE LA CASINIÈRE

Le jeudi 1er octobre 1998

Le Relecq-Kerhuon (Finistère) envoyé spécial

Avec sa bouille ronde picorée de taches de rousseur, Janig, 11ans, ne sait pas trop à quoi lui servira de parler couramment le breton. Elle se verrait bien prof. Ou écrivain : «On m'a conseillé de faire un livre sur ma vie, mais pour l'instant, je n'ai pas tellement de choses intéressantes à raconter. Et je manque encore de vocabulaire.» Ewen a le même âge, l'air bravache : «Quand quelqu'un nous emmerde, on lui parle en breton, il pige que dalle, c'est pratique. Pareil quand on veut pas que les parents comprennent. Moi, les miens, ils captent un peu, pas beaucoup.» Lui, il crache sur les voitures qui arborent un autocollant bleu blanc rouge. Sorti de l'école, Ewen voit un avantage à son bilinguisme : comprendre les textes des chansons. Tous sont en cinquième au Skolaj Diwan, le collège privé en breton du Relecq-Kerhuon, près de Brest. Maths, physique, histoire-géo, tout s'apprend en breton jusqu'au baccalauréat. Diwan pourrait se traduire par «le moment où la pousse sort de terre».

Animatrice dans ce collège où elle encadre les 53 élèves, Morgan Ar Men, 26 ans, «Le Men pour l'état civil» concède-t-elle, souligne une évidence : «Parler breton m'a donné du travail.» Etudiante en maîtrise de breton, elle ne se sent pas française : «Je n'imaginerais pas vivre avec un conjoint qui ne parle pas breton. J'ai été élevée sans que la chaîne de transmission de la langue n'ait été coupée. Alors si moi je ne parle pas breton, qui le parlera ?»

De la maternelle à la troisième, Florence Viol, 20 ans, a été une pionnière de Diwan : «On était huit dans le seul collège existant à l'époque.» Par tempérament, elle trouve que «les militants en font un peu trop». Sa maîtrise de la langue lui a permis d'être employée dans une librairie spécialisée. Aujourd'hui, elle enseigne la harpe celtique dix heures par semaine au sein de deux associations culturelles.

Depuis ses études, elle a surtout parlé breton en famille. «Mes grands-parents aussi parlent breton, mais pas avec moi. Quand ils étaient petits, on leur tapait sur les doigts si un mot de breton leur échappait. A l'époque, le français de la République une et indivisible devait régner dans toutes les écoles, et les récalcitrants étaient humiliés, un sabot autour du cou, ou à genoux sur une règle, sous le panneau:"Défense de cracher par terre et de parler breton." Alors, certains anciens ne veulent pas transmettre aux enfants cette langue qui attire des ennuis.»

A Brest, les lycéens en seconde à l'école Diwan sont fiers de l'acquis d'une gymnastique linguistique et mentale qui leur permet d'apprendre plus vite un troisième idiome, l'anglais en l'occurrence. «On passe l'examen Cambridge en seconde, alors que d'autres le passent après le bac. Mais on n'est pas autant américanisés que d'autres, nous on sait d'où on vient.»

Kaou, 15 ans, s'insurge contre le cliché d'une langue de vieux : «ça évolue, il y a des mots pour les sciences, l'informatique. Et même un dictionnaire des expressions liées au sexe.» Marion se trouve aujourd'hui moins marginalisée vis-à-vis des autres adolescents : «Ça devient carrément une mode de parler breton, contrairement à il y a quelques années.» Sa copine Morwena renchérit : «A Diwan, on doit prendre des initiatives, comme de passer les épreuves du brevet en breton et le faire accepter à l'Education nationale.» C'est aussi s'ouvrir sur le monde. «Au pays de Galles, en Catalogne, c'est un peu des cousins. Et quand on vient nous parler du Cambodge, on se sent concernés.» .

«Quand quelqu'un nous emmerde, on lui parle en breton, il pige que dalle, c'est pratique. Pareil quand on veut pas que les parents comprennent. Moi, les miens, ils captent un peu, pas beaucoup.»
Ewen


[Lista deus numeròs]
© 1997, 1998 Justin Lapujolada